Memory : là où se rejoignent passé et présent

Oooooh !

Je me surprends moi-même, c’est vous dire à quel point la vie sait envoyer des signaux sur les choses à faire ou ne pas faire. Cela fait un bail que je n’ai pas écrit sur un drama coréen. Je vais essayer d’être concise et claire car j’ai envie d’aborder quelques points cruciaux sur Memory. Je vais essayer au maximum de ne pas spoiler. Mon but est surtout de revenir sur les thématiques de la série, pas de commenter chaque intrigue.


Avant de se mettre à table, libre à vous de vous sustenter avec mes précédents avis de râleuse, attention, je n’y vais pas de main morte :


Sans plus attendre, je vais blablater sur différents aspects positifs et négatifs du drama Memory qui a été diffusé en 2016 sur tvN. Il est réalisé par monsieur Park Chan-Hong et au scénario on retrouve madame Kim Ji-Woo. Allez, c’est parti !

Synopsis : Park Tae-Seok, un avocat, apprend soudainement qu’il est atteint de la maladie d’Alzheimer alors qu’il doit gérer des dossiers d’une importance capitale. Ces affaires mêlent des conflits passé et présent qui ont un impact sur sa vie de famille et font resurgir des choses qu’il avait oublié. Série de 16 épisodes.

Le positif dans Memory

Affiche promotionnelle de Memory, drama réalisé par Park Chan-HongSource : TVN

Une famille qui évolue

C’est le point le plus remarquable de ce drama. La première partie a été assez pénible à regarder car tout les personnages passaient leur temps à se faire des cachotteries. Je sais, c’est réaliste, très peu de gens dans la vie sont honnêtes envers eux-mêmes et donc envers les autres.

Passé ces épisodes où chaque personnage se tire une balle dans le pied en gardant pour lui/elle des informations importantes au lieu de les partager et de demander de l’aide *reprend son souffle* on assiste à une très belle évolution dans leurs relations.

Dans le cercle familial notamment, c’était émouvant de voir l’ensemble des membres se soutenir et trouver des astuces pour aider le père à la mémoire défaillante. Ce dernier a aussi bénéficié d’un soutien remarquable auprès de ses deux collègues au bureau.

Chose trop rare dans les drama (ou alors je n’ai pas assez vu de séries pour en juger correctement – ça doit être ça), les parents faisaient souvent des câlins à leurs deux enfants, les embrassaient sur la joue. Bref, le père comme la mère avaient des gestes tendres avec le fils aîné et la cadette. Il y a eu aussi des scènes de discussion entre le père et son fils, le fils et sa mère. Des discussions entre le couple aussi.

Cela peut paraître naïf mais ce genre de scènes doit absolument être plus présent à l’écran. C’est la meilleure manière pour éduquer les gens, autant on banalise la violence sans problème dans les séries en général, autant on manque de représentations positives de la famille. Rappeler aux gens qu’il peut y avoir du respect, de la communication et de l’affection dans une famille, ce n’est jamais une perte de temps.

Une pincée de féminisme

J’allais tempêter et je me suis rappelée que je suis dans la partie positive de l’article 😀 Alors, je dis « une pincée » car ici et là, des personnages féminins et masculins font des commentaires pour dénoncer le harcèlement sexuel au travail.

De mémoire, on doit bien avoir un cas dans un restaurant et deux autres dans le cabinet d’avocat ? Ce sont des petits dialogues, des remarques du style « ce que tu as dit/fait, ça peut être considéré comme du harcèlement sexuel » et encore une fois, c’est très important de verbaliser les choses !

Mais je reviendrai plus longuement sur ce sujet dans la partie négative. Il y a de quoi commenter, préparez-vous.

Le harcèlement scolaire

Autre bon point de Memory, l’équipe a eu la décence de présenter un cas où les parents prennent leur responsabilité. Des adultes qui reconnaissent qu’ils ont merdé, c’est tellement rare ! Surtout face à des enfants ! Faites péter le thé vert et les cookies sans gluten !

Plus sérieusement, l’épisode consacré au fils de l’avocat injustement accusé et qui doit se pointer en conseil de classe était très, très, très jouissif à regarder. Voir le père débarquer pour reconnaître que lui-même n’a pas géré la situation en n’écoutant pas son fils puis en pointant du doigt les règles dégueulasses de l’établissement (qui s’inquiète plus pour sa réputation que pour le bien-être de ses élèves), c’était glorieux.

Et une nouvelle fois, j’ai adoré voir un personnage avoir le courage de s’exprimer, surtout que ce n’était pas facile, il avait fait n’importe quoi. Cette scène était encore plus émouvante en voyant la mère de l’élève injustement accusé qui a pris dans ses bras ce jeune homme paumé.

Un casting tiré vers le haut

Pour l’aspect plus technique de Memory, au niveau des performances des acteurs et actrices, j’avoue qu’au départ il n’y avait que le personnage principal interprété par Lee Sung-Min qui sortait du lot. Il était déjà magistral dans Misaeng, ici il prouve une nouvelle fois qu’il peut exprimer des émotions très fortes sans tomber dans le ridicule.

Il aura eu son quota de larmes et de crises de nerf et il n’est pas le seul. Entre son épouse jouée par Kim Ji-Soo, son ex-épouse interprétée par Park Jin-Hee, son fils (Nam Da-Reum) et le fils à papa joué par Yeo Hoi-Yeon… Toutes et tous ont fait de leur mieux, bien que leur prestation soit à son apogée dès qu’iels sont en présence de Lee Sung-Min. L’acteur est si engagé dans son rôle qu’il donne envie à ses interlocuteurs de donner le meilleur d’elleux-mêmes.

Concernant le rythme du drama, c’est lent et du coup j’ai mis du temps à m’investir dedans. Mais contrairement à d’autres séries qui démarraient fort pour s’essouffler ensuite, Memory gagne en intensité et émotions vers la fin. Pour que cette seconde partie soit aussi réussie, je comprends qu’il ait fallu bien prendre le temps pour étayer les bases dans les 8 premiers épisodes.

Le négatif dans Memory

Affiche promotionnelle de Memory, drama réalisé par Park Chan-HongSource : TVN

L’image des personnages féminins

Gros problème en vue, si je liste les personnages les plus récurrents, voilà ce qui ressort :

  • l’épouse actuelle de l’avocat
  • l’ex-épouse de l’avocat
  • la fille de l’avocat
  • la mère de l’avocat
  • la belle-mère de l’avocat
  • la secrétaire de l’avocat
  • la collègue avocate de l’avocat

Tout ces personnages de sexe féminin ont un lien avec l’avocat ! Est-ce que c’était trop demander de les faire exister en tant que personne à part entière ? On trouve parmi ces personnages pas mal de femmes dévouées au bien-être de monsieur, sans que leur propre vie ne soit représentée.

L’épouse actuelle a pourtant aussi des problèmes de santé mais ça passe après. Sa fille… ne sert à rien, elle est la « caution mignonne » du drama. Elle permet juste de montrer que le père ne tient pas ses promesses et torpille sa vie de famille. La mère du protagoniste est la représentation idéale et fantasmée de la bonne maman qui se sacrifie pour son fils. Donc on refile le rôle de gros salopard au père du protagoniste – histoire que le tableau de clichés soit complet.

L’ex-épouse est aussi prisonnière de son image de mère. En tant que mère d’un enfant décédé, il serait mal vu qu’elle refasse sa vie, alors c’est plus dramatique et « mieux accepté » qu’elle reste célibataire. En plus, elle est juge, ça permet de lui donner du cachet comme quoi, malgré son boulot très dur et froid, elle n’en reste pas moins une mère en deuil. Mais comme elle est humaine et pas moche, on lui refile un collègue procureur (joué par Heo Jung-Do) qui lui tourne autour.

Des comportements sexistes

Et là je fais le lien avec la partie précédente, figurez-vous que le procureur est très lourd avec l’ex du protagoniste. On ne sait plus s’il aide la juge dans l’enquête juste pour l’amour de la vérité ou parce qu’à la fin, il espère que cette femme s’intéressera à lui. Il y a une scène franchement gênante quand il lui fait du rentre-dedans avec la finesse d’un éléphant de mer.

Hey, coco, la dame est sous le choc avec l’enquête et toi tu insistes pour obtenir un rendez-vous avec elle ?! Genre, tu profites du fait qu’elle soit émotionnellement chamboulée pour balancer tes envies ?

Ce n’est pas le seul moment aberrant du drama malheureusement. A plusieurs reprises, on a le binôme du protagoniste (interprété par Lee Joon-Ho) qui fait du pied à la secrétaire (jouée par Yoon So-Hee). Cette dernière n’est pas intéressée et le recadre fermement plusieurs fois. C’est elle qui fait les commentaires à propos du harcèlement sexuel dont je vous parlais plus haut.

Sauf que… je ne sais pas ce qui s’est passé dans la tête de la scénariste. Déjà que le réalisateur s’arrangeait pour filmer et bien mettre en valeur le corps de la secrétaire – procédé minable, si vous voulez bien faire les choses, filmer aussi les mecs comme ça, ça fera plaisir aux spectatrices (pourquoi seuls les gars peuvent se rincer l’œil ? #ironie).

Donc, je disais que la scénariste casse en deux-trois mouvements toutes les dénonciations avec des scènes entre les deux jeunes gens. Monsieur l’avocat se permet de coincer la secrétaire dans l’allée des archives, et, GROS SCOOP messieurs si vous êtes tentés de reproduire ça : non, ce n’est pas romantique ! Le gars se met en position de dominant, la fille est bloquée dans un espace réduit, ça mettrait n’importe qui mal à l’aise !

En parlant de reproduction de cliché, il y a cette mise en abîme assez folle où le jeune avocat veut mettre la ceinture dans la voiture pour la secrétaire (genre elle a 4 ans et ne sait pas le faire). Elle le repousse fermement et lui dit « Ah, j’ai toujours voulu essayer ça, comme dans les films » ou quelque chose comme ça.


Captures d’écran pour la scène de la voiture.


En fait, tout au long de la série, il y a donc des dénonciations de comportements hyper problématiques et peu après, on voit se réaliser tout ce qui a été dénoncé. Genre, la fille piégée dans les archives. Si la première scène est passable car elle le repousse et montre son désaccord, quelques épisodes plus tard, ils se retrouvent à nouveau dans cet endroit.

Et là, patatra, monsieur embrasse sans consentement madame qui a une expression ambiguë. J’espérais qu’elle mette le holà, au moins pour expliquer « euh, c’est soudain, on est au boulot, c’est pas le moment » ou « euh mais j’ai pas dit oui ?! » MAIS NON. Elle semble hésiter puis répond à son étreinte (oui, parce qu’il a très vite collé contre lui la jeune femme).

Ne venez pas me dire que cette scène est romantique, sérieux.

Si vous voulez savoir ce qu’ils se racontent pendant cette scène, voilà quelques captures d’écran avec les sous-titres : partie 1, partie 2 et partie 3.

En résumé, il y a encore du travail à faire pour mettre en scènes des personnages masculins et féminins qui ne soient pas dans un rapport de pouvoir et de domination.

Les seconds rôles

Tout drama a son lot de personnages trèèèèès secondaires qui sont rarement bien travaillés. On n’échappe pas à la règle ici puisque le collègue aux cheveux bouclés cumule le stéréotype du personnage comique/lourd avec sa collègue/fouille-merde/idiot à l’air innocent.

Je ne cautionne ni les rôles pourris pour les femmes, ni pour les hommes. Je ne m’inquiète pas que des représentations des femmes, j’estime également que les hommes méritent plus de respect. Ils sont soit représentés comme des « mâles dominants » au physique avantageux, intelligents et dans l’action (qu’ils soient des protagonistes ou des antagonistes). Soit comme des bouffons, des faibles et dont le physique sera codifié : si ce n’est pas la coiffure différente des alpha (bouclettes au lieu de la coupe impeccable), ça sera l’embonpoint.

Ce qui est naze car on associera alors systématiquement que tels types de coiffures/silhouettes est « bien » et tel autre « pas bien » Vous voyez comme ce qui est censé être un loisir télévisuel pour se détendre peut avoir de l’impact sur la société… Il appartient aux spectateurices d’éduquer leur regard. Consommer un loisir implique des responsabilités.

La maladie d’Alzheimer

Enfin, je regrette qu’on parle si peu de cette maladie dont le protagoniste est atteint. Alors oui, ça sert de ficelle scénaristique, si je veux des infos, je n’ai qu’à me renseigner, n’est-ce pas. Oui et non ! :p

Personnellement, si un drama peut m’apprendre des choses en détail et le faire avec pédagogie, je ne vois pas pourquoi je cracherai dessus. C’est tout de même plus agréable que de se taper la page Wikipédia. Ce qui n’empêche pas par la suite d’aller vérifier les informations qu’on a eu.

J’ai trouvé un peu bizarre que le docteur annonce le diagnostic au malade au téléphone. Une nouvelle d’une telle ampleur, ça mérite un rendez-vous en tête à tête. Mais bon, c’est pour le spectacle, hein. Visuellement, ça donne une scène plus intense de voir le personnage apprendre ça alors qu’il doit bosser. Bon, passons.

Là où je suis assez désappointée (ceux qui ont la référence pour cette phrase : vous gagnez un donut 🍩), c’est que tout au long de Memory, il n’y a pas une once d’espoir pour cet avocat atteint d’Alzheimer. Tout est prétexte pour qu’il ressasse que c’est foutu, qu’il est fichu, et vas-y qu’il anticipe à mort le moment où il oubliera le visage de sa femme. Ok c’est bien de ne pas faire de déni mais ai un peu foi dans ta capacité à ralentir la progression de ta maladie ?!

Oui, ça arrive dans la vie. Je sais. Je ne nie pas que ce genre de situations existent – cela doit être très douloureux pour les membres de la famille de voir leur proche sombrer. Mais d’un autre côté, ça me révolte qu’on ne parle pas des pistes alternatives. Je ne comprends pas qu’on ne parle pas de cette étude faite aux États-Unis (le protocole MEND) qui a permis de faire régresser les symptômes de la maladie.

Surtout quand on voit qu’on n’arrive pas à créer de nouveaux traitements, pourquoi s’obstiner dans la médecine allopathique ? Qu’est-ce qu’on risque à tenter le tout pour le tout, en revoyant le mode de vie, en retournant aux basiques : alimentation saine et équilibrée, avoir une activité physique, réduire son stress… et garder son esprit alerte en suivant des études par exemple.

J’arrête là avant que cette critique de drama devienne un article de santé mais quelques idées de lectures pour vous : à propos de l’activité physique pour les malades et un podcast de 20 minutes pour vulgariser le sujet. Sinon, il y a le site de l’association France Alzheimer pour tout autre complément d’infos.

Conclusion

Si vous aimez :

  • les enquêtes qui se croisent, le cadre juridique
  • les drama qui allient monde professionnel et cercle familial
  • les drama où les dialogues l’emportent sur les scènes d’actions

Memory peut vous plaire !

En plus, je n’ai rien spoilé de l’intrigue principale. Je crois.

2 réflexions sur “Memory : là où se rejoignent passé et présent

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